Débuter son roman : chapitre 5 c'est le mur

Vous avez déjà eu l'impression que tout était sous contrôle jusqu'à ce que ça ne le soit plus ? C'est ce qui m'est arrivé dans l'écriture de mon roman après un départ en trombe. Je vous raconte comment j'en suis arrivée là

1/20/20266 min temps de lecture

Il y a quelques mois, j'ai commencé à écrire un roman. Enfin, le roman, celui qui traînait dans ma tête depuis un moment. Une fantasy, une trame déjà bien construite, des personnages que je connaissais par cœur. Cet article aurait pu s'appeler "Comment j'ai écrit 5 chapitres en 5 semaines". Il s'appellera finalement "Comment j'ai dû mettre de côté mes idées préconçues". Parce que voilà, je suis en train d'écrire mon premier roman et je viens de me prendre un mur. Retour sur ce qui s'est passé.

Le plan parfait (ou presque)

J'ai écrit cinq chapitres rapidement, avec confiance. J'avais mis en place une routine basée sur la discipline : un chapitre par semaine en essayant d'écrire tous les jours un petit peu, même juste une page.

Pourquoi miser sur la discipline plutôt que sur la grande énergie créatrice et l'inspiration divine ? Parce que je suis graphiste de formation. Mon métier consiste à créer littéralement sur commande. Pas seulement les jeudis entre 15h et 18h, pas seulement les jours de révélation interne, mais tous les jours, à toute heure. Trouver de l'inspiration ce n'est pas pour moi une vague idée avec un pendant mystique, c'est une routine quotidienne qui consiste à m'imprégner de tout ce que je vois et à le restituer en l'ayant préalablement digéré, adapté, restructuré et stratégisé.

J'ai donc appliqué cette logique à l'écriture. Et ça fonctionnait bien. J'avais un plan ! Dans tant de semaines j'aurais tant de chapitres, dans tant de chapitres j'aurais fini mon histoire et ensuite la correction ne devrait prendre que quelques mois, boom envoi aux maisons d'édition. Franchement, facile !

Sauf que quelque chose m'a empêchée d'écrire la suite sans que je comprenne pourquoi. Pourtant j'avais la trame toute prête et je savais où j'allais. Mais rien. Le blocage s'est installé.

J'étais très ancrée dans mes certitudes, tout devait fonctionner selon mon plan. Et puis...

Dans un message très présomptueux pour quelqu'un déjà incapable d'écrire une ligne à ce moment-là, j'ai formulé ma vision de ce qu'allait être mon aventure d'écrivain en herbe sur un forum de bêta-lecteurs.

Heu attends, on rembobine. Comment j'étais arrivée là déjà ?

Comme je pensais avoir déjà une base solide avec mes plus de 70 pages écrites, retravaillées et relues avec attention par mes soins uniquement, et que les personnes qui m'avaient promis une relecture alpha tardaient à me répondre, je me suis dit que j'allais rejoindre un forum de bêta-lecture. J'ai demandé des retours, et j'ai eu des retours. Tous les commentaires se sont montrés constructifs et précis et m'ont apporté une bonne base de réflexion.

Mais...

Mais quand je les ai tous copiés-collés dans un Word et que j'ai voulu commencer à bosser sur la réécriture de mon chapitre 1 en attendant que le blocage pour écrire la suite saute, je me suis sentie déprimée. J'ai eu l'impression que mon premier jet était très mauvais et qu'il ne valait pas la peine d'être corrigé, qu'il fallait vraiment tout réécrire.

Donc au moment où je me vante d'être capable de finir mon premier jet avant juin, j'en suis là : incapable d'écrire la suite, incapable de corriger le début.

Et la réponse ne se fait pas attendre : "Meuf, redescends sur terre, c'est pas comme ça que ça va se passer. Déjà si tu arrives à tenir le rythme jusqu'à juin bah ce sera bien mais c'est improbable, et puis après la correction ça sera plus long que d'écrire le premier jet, tu te rends pas compte."

Déprime totale.

Depuis cette constatation fin décembre, il y a eu les fêtes de fin d'année, après quoi une grippe carabinée m'a clouée au lit dix jours. Et pendant tout ce temps j'ai décidé de me ficher la paix : écrire quand je suis malade et fatiguée ne me vaut rien. De toute façon on sera facilement d'accord pour dire que le plaisir d'écrire dans ces moments-là, bof...

Sauf que rendu au moment où j'écris cet article, le 20 janvier 2026, cela fait une bonne semaine que je suis guérie et où j'évite soigneusement de penser à mon roman.

Je sais que vous attendez une chute à cette histoire, le moment où je me remets en question, je rebondis et je repars. Mais à la place je vais vous faire part de mes recherches sur le processus d'écriture vécu par d'autres personnes que moi. Mon idée du jour, c'est de regarder comment font ceux qui vont au bout de leur projet.

Le rythme d'écriture et la méthode

Quand je lis les témoignages d'autres auteurs, il y a plusieurs écoles.

Il y a ceux qui se donnent un rythme comme j'avais commencé à faire, avec plus ou moins de mots en fonction des périodes. Certains sont très réguliers, d'autres un peu moins, mais en gros ils se donnent un objectif en "sec" du genre "cette semaine j'ai prévu d'écrire 20k sec".

Woh woh, c'est quoi ça ? En fait "sec" ça veut dire "signes espaces compris", en gros le nombre de caractères du passage en comptant les espaces et la ponctuation. Le mec là il dit qu'il va écrire 20 000 caractères. Ahhhh ! Mais c'est donc ça ! Dire que moi naïvement je comptais en... pages et en chapitres ! 20k sec chez moi ça fait entre un tiers de chapitre et un chapitre en moyenne en fonction de ce qu'il s'y passe. Mais je comprends que la mesure est plus précise parce que selon que tu écrives un dialogue sur une page A5 ou une longue description sur une page A4... bon ça ne prend pas le même nombre de signes, forcément. On trouve aussi un équivalent en mots : pour grossir le trait, 100 mots ça fait environ 600 sec.

Bon, elle était grosse ma parenthèse pour dire que : il y a des gens qui se fixent des objectifs.

Ça implique que ce n'est pas le cas de tout le monde. Certains indiquent plutôt travailler au feeling, ça vient naturellement et ils se régulent à l'envie. Et à première vue cette caractéristique n'a rien à voir avec l'expérience en écriture ni avec la quantité produite. Les gens qui se régulent en fonction de leur motivation peuvent être extrêmement plus productifs que ceux qui se fixent des objectifs, ou beaucoup moins, voire les deux d'une semaine sur l'autre.

Donc en résumé : le rythme d'écriture c'est très variable. Grosse révélation.

En revanche, si on s'intéresse à la méthode à suivre pour faire un roman, là d'un coup les avis ont l'air de converger vers l'idée qu'il faut d'abord terminer son premier jet avant de chercher à le faire lire ou à faire les corrections majeures (ahum). Mais si c'est ce qui est généralement dit par les personnes qui prennent le temps d'intellectualiser l'acte d'écrire, je n'ai pas l'impression que tout le monde respecte bien ce schéma. En tout cas moi non.

Bon. Force est de constater que le problème n'est pas le rythme. Ok, j'ai appris que je devais revoir à la baisse mes objectifs parce que 50k sec par semaine (ce que je faisais au début) c'est trop pour moi dans la durée. Voire beaucoup trop. Quant à la méthode, l'idée de faire un premier jet complet donc d'aller toujours en avant sans retours en arrière, bah ça ne m'enchante pas trop. Je ne me reconnais pas là-dedans parce que ma façon de penser mon histoire n'est pas linéaire, elle est globale. Je suis en train de me poser des questions sur un truc qui se passe au tome 3 (pour rappel je suis en train de pinailler à passer le chapitre 5 du T1 sur une trentaine et des poussières de prévu) et qui nécessite certainement que les prémices de cet événement soient posées dès maintenant.

(Peut-être) La vraie raison du blocage

Attends, et elle a le culot d'écrire son premier article sur comment gérer l'angoisse de la page blanche, de conseiller de sauter des chapitres si on avait pas la bonne énergie, alors qu'en fait elle est incapable de l’appliquer et elle ne gère rien du tout ?

Oui, justement. J'écris souvent mes articles en partie pour moi aussi. Sauf que ma page blanche ne vient pas du fait que je ne sais pas comment écrire. Elle vient d'une petite conviction qui s'est frayé un chemin et qui me dit qu'il y a une erreur dans le plan de base. Quelque chose me dérange dans l'architecture de mon histoire et je n'arrive pas à mettre le doigt dessus. Enfin j'ai une petite idée mais pas encore très claire et je ne l'assume pas encore pleinement.

Pour l'instant, je tourne autour du problème. Je sais qu'il y a quelque chose à changer dans mon architecture, mais je ne suis pas encore prête à tout chambouler. Alors j'écris des articles de blog à la place. C'est toujours ça.

Et vous, vous avez déjà eu cette sensation qu'il fallait casser une partie de ce que vous aviez construit ?